31 octobre 2009

Le mot interdit

On lui avait interdit le mot
Correspondant à la chose
Et s’il voulait faire la chose
Il ne pouvait prononcer le mot.

Ne pouvant proposer la chose
Sans utiliser le mot,
Il devait trouver autre chose
Qui remplacerait le mot.

Pour vous dispenser du mot
Lui souffla un souffleur,
Dites-lui avec des fleurs,
N’ajoutez pas un mot.

Il ne fit pas à demi les choses.
A fleur de peau, à fleur de mots,
A force de faire la chose,
Il en conçut plusieurs marmots.

 

Pour les Impromptus littéraires

30 octobre 2009

Dans le sac

BD 05b.jpgCliquez sur l'image

29 octobre 2009

Villes refuges

10 de communiquer aux Israélites les prescriptions suivantes : « Lorsque vous aurez passé le Jourdain et serez entrés dans le pays de Canaan, 11 vous choisirez certaines villes comme villes de refuge. Là pourra s'enfuir celui qui aura tué une personne accidentellement.

Nombres, Chapitre 35, versets 10 & 11

28 octobre 2009

Le dernier défi

Au Pays de l’imagination

 

─ La petite Sophie se pencha beaucoup trop au dessus du bastingage, tomba à la mer et se noya…  poursuivit le capitaine Mouche pour faire monter la tension d’un cran supplémentaire et aiguiser, comme s’il en était besoin, l’intérêt de son auditoire.

Ils étaient tous suspendus à ses lèvres, fascinés et perplexes. Le vieux Fred ouvrit la bouche sans s’apercevoir que ses dents du haut, qu’il avait depuis maintenant presque deux ans, tombaient par terre avec un bruit sec.

Arthur, comme à l’accoutumée, souriait bêtement en ouvrant sa bouche édentée, au point que les autres pouvaient voir son sourire jusqu’à l’occiput.

Le timide Paulo restait coi, la bouche pleine des questions qu’il n’osait pas poser.

Ludvig, dont la curiosité était à deux doigts de la déflagration, tomba de son tabouret lorsque le balancier de l’horloge lâcha prise et rendit l’heure.

Tous attendirent avec anxiété qu’elle ait vomi ses douze coups de minuit.

─ Mais pourquoi François ne lui a-t-il pas lancé la bouée ? Finit-il par demander, en remontant sur son siège.

Le vieux loup de mer vers lequel tous les regards étaient tournés, se lécha la bouche pour enlever un peu de sauce égarée dans sa barbe, saisit son verre, but lentement, s’essuya méticuleusement, rota discrètement, leva non moins discrètement la fesse gauche pour exfiltrer un gaz intempestif puis contempla attentivement le bois de la table jusqu’au moment où il sentit l’atmosphère sur le point d’exploser.

─ Il n’y avait pas de bouée.

─ Pas de bouée sur un aussi beau bateau ! S’étonna en chœur l’auditoire sur un ton de reproche panaché d’incrédulité.

Le capitaine ralluma une fois de plus sa pipe en écume dont les volutes dessinaient des têtes de morts dans l’air surchauffé.

─ Non. C’était un magnifique voilier bleu dont les cinq voiles s’imbriquaient les unes dans les autres, mais il n’avait pas de bouée. Aucune bouée. François chercha cette bouée introuvable et pendant ce temps-là, Sophie se noya.

François venait de démontrer que l’obstination est le parent pauvre de la volonté.

 

Cette histoire paraissait totalement invraisemblable.

Le vieux Fred savait que le capitaine Mouche était un grand voyageur au pays de l’imagination. Ce jour-là, il trouva sur la chaise qu’il venait de quitter un billet froissé sur lequel était écrit :

Qu’est-il arrivé à Sophie ?  Elle est tombée à la mer

Pourquoi pareille mésaventure lui arrive-t-elle ?  Parce qu'elle se penche trop au dessus du bastingage.

Quelles qualités lui manquent encore ?  Aucune. Elle s’est noyée.

Comment nommer l’attitude de François ?  Obstinée.

Que prouve la dernière phrase ? Qu'à force de chercher l’introuvable, on finit par rater l’essentiel.

pour défi du samedi

27 octobre 2009

Les feuilles mortes

Les feuilles mortes jonchaient le sol à perte de vue.


Aucune pelle ne manquait à l’appel mais elles n’auraient jamais suffi pour les ramasser toutes.


Goupil appela les secours.


On lui répondit que les secours ne se déplaçaient plus pour les feuilles mortes car, jusqu’à présent, rien n’avait jamais permis de les sauver. On avait bien essayé de leur redonner leurs couleurs d’origine selon quelques procédés chimiques décrits dans de vieux grimoires, en respectant les rituels du Maître Transcendant, mais on manquait cruellement de personnels pour les rattacher ensuite à leurs arbres respectifs.
Devant l’insistance de Goupil, on lui suggéra de s’adresser à une société protectrice de feuilles telle que les VVF.


Goupil avait déjà entendu parler des VVF et s’y rendit sur le champ.


On accédait à la propriété par un porche surmonté d’une pancarte sur laquelle était gravé « Vrais Verdisseurs de Feuilles ». Il tira la chevillette et la bobinette chut. Il fut reçu par un concierge titubant sous le poids de sa bedaine proéminente qui le menaçait d’un perpétuel déséquilibre. Sa mine faisait craindre l’apoplexie imminente. « Qu’est ce que c’est ? » Demanda-t-il sur un ton peu cordial.


Goupil observa qu’il avait une mâchoire inférieure un peu plus saillante qu’il n’est nécessaire pour un individu qui n’est ni bâtisseur d’Empire, ni agent de la circulation mais simplement concierge verdisseur de feuilles.


Il expliqua qu’il avait appris l’existence des VVF de source sûre et non gazeuse, et qu’ils étaient certainement son dernier espoir de sauver les feuilles de sa rue. En effet, depuis quelques temps, il assistait impuissant à leurs suicides collectifs sans savoir s’ils étaient dus à la pollution, au réchauffement climatique ou au stress occasionné par une hiérarchie sans scrupules.


L’homme poussa un long soupir qui faisait penser à une fuite de gaz et conduisit Goupil à l’atelier des verdisseurs. Ils parcoururent de nombreux couloirs jonchés de cadavres de feuilles et de bidons de peintures vertes : vert anglais, vert de Scheele, vert Chromastral, vert de cadmium, vert de Chine, vert de chrome, vert de cobalt, vert de cuivre, vert de malachite, vert de zinc, vert d'outremer, vert méthyle, vert Véronèse, vert Victoria et bien d’autres verts dont j’ai oublié le nom.


L’atelier disparaissait sous une montagne de feuilles mortes d’où émergeaient les faces patibulaires des verdisseurs qui lui rappelaient « Retour sur la planète des singes ». Nous avons beaucoup de retard, affirma le concierge. Nous traitons actuellement les feuilles mortes depuis plus de dix ans. Les feuilles qui garnissent nos arbres au printemps sont celles des années 90 qui ont été reverdies dans nos VVF.

Je vous expliquerai plus tard le mécanisme dans ses détails, car l’heure avancée qu’il est m’interdit d’aborder et de traiter furtivement, en quelques secondes, une si grave question.

Pour les Impromptus littéraires

26 octobre 2009

Ils sont là

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25 octobre 2009

L'heure la plus longue

C’était un dimanche. On sortait de boite. On était bourrés complets et on tirait à la courte paille celui qui allait prendre le volant. C’est Paul qu’avait tiré la paille la plus longue. Fallait qui s’y colle. René qui était le proprio de la caisse lui a lancé les clés.

Ben, vrai de vrai, Paul lui a dit que c'était pas la peine car il avait les clés depuis une heure déjà. René lui a lancé les clés à 3 heures mais il était 2 heures quand Paul les a attrapées. Bourré complet qu’il était.

Après, il a dit que c’était pas vrai ; qu’il n’avait bu que de l’eau ; qu’on était le dernier dimanche d’octobre et qu’on venait de passer à l’heure d’hiver.

 

 

24 octobre 2009

Respectons la nature !

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22 octobre 2009

Pendez-les !

25 3 Ils s'associèrent en particulier au culte du dieu Baal, de Péor, ce qui provoqua la colère du Seigneur contre eux. 4 Le Seigneur dit à Moïse : « Prends les chefs du peuple et fais-les pendre r en ma présence, face au soleil ; alors l'ardente colère que je ressens envers vous s'apaisera. »

r pendre : le sens du verbe hébreu est incertain ; autres traductions empaler ou écarteler.


 

Nombres, Chapitre 25, versets 3 & 4


19 octobre 2009

Petite annonce

Trouvé sur le site de petites annonces Craigslist

J'ai une immense salle de bains

Agée d'une soixantaine d'années, je recherche un colocataire. Les temps sont durs, et j'ai besoin d'arrondir mes fins de mois. Je souhaite louer la salle de bains de mon deux pièces de l'East Village. Elle est grande, on peut facilement y installer un matelas gonflable deux plac.es. Tour ce que je demande, c'est que ni vous ni le matelas ne soyez dans la salle de bains quand j'ai besoin d'y aller. Quand vous serez dans l'appartement, je vous demanderai de vous cantonner à la salle de bains. Je supporterais mal qu'un inconnu se promène dans mon séjour. Cela peut changer quand je vous connaîtrai mieux.

 

(source : Courrier International)

 

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