01 octobre 2009
Aujourd'hui
Aujourd'hui, je vous propose un de mes texte déjà publié sur un autre blog, mais illustré par l'un de mes dessins... inédits !

Malgré une mémoire réticente et capricieuse, une mémoire d’attrape mouches où viennent se coller toute une série de faits quelconques et inutiles, je me souviens très bien d’aujourd’hui.
Vous me direz que la difficulté n’est pas bien grande et que j’aurais beaucoup plus de mérite si j’avais eu à creuser mon tunnel dans l’épaisse couche du passé.
Je me gausse de votre réaction précipitée et si vous cessiez un instant de me couper la parole, je vous expliquerais que je veux parler du MOT « aujourd’hui » et non pas d’aujourd’hui.
Car le fait quelconque que je vous rapporte aujourd’hui et qui a marqué mon esprit à tout jamais, se rapporte à aujourd’hui et s’est passé en 1955.
Je devais être en classe de 9ème ou, si vous préférez, pour parler moderne, en CE2, mais le CE2 n’existait pas encore en ces temps d’obscurantisme.
Alors que nous écoutions religieusement notre institutrice (il s’agissait d’une école privée), l’instituteur de la classe d’à côté, l’œil sombre et le front plissé comme une jupe écossaise, est entré brusquement, et à marmonné quelques mots à l’oreille de sa collègue.
Il venait à peine d’achever ses confidences que Madame P. me désignait du doigt en me demandant de suivre Monsieur B. (je masque les noms pour la bonne et simple raison que je les ai oubliés).
Déjà timide à l’époque et peu rassuré sur ce qui m’attendait, je suivis l’instituteur bougon et grincheux dans l’immense salle de classe contiguë à la nôtre.
Et quand je dis « immense », j’ai bien trois ou quatre raisons pour choisir ce qualificatif puisque j’étais petit et qu’une salle de classe, en ces temps reculés où l’école privée était beaucoup plus pauvre qu’aujourd’hui, en contenait plusieurs : Tous les grands de la 8ème et de la 7ème (CM1 – CM2) étaient là, plongés dans un silence de sépulcre devant la fureur de Monsieur B.
C’est qu’il n’était pas content du tout, Monsieur B. Ah, ça non, pas du tout !
Il me fit monter sur la chair, me donna une craie et me demanda d’écrire le mot « aujourd’hui » (Je vous remercie de m’avoir suivi jusque là).
Je commençai à écrire d’une main tremblante aujourd’ puis, après avoir posé l’apostrophe, je marquai une seconde d’hésitation en me demandant s’il fallait mettre un « h » à hui.
Je n’ai rien dit et vous êtes les premiers à connaître le véritable motif de mon indécision. Sur un blog, c’est différent : on est entre nous et on peut tout se dire.
Percevant sans doute mon embarras, Monsieur B. m’interrompit en disant « C’est très bien ».
Ce qui lui importait était que je sache que le mot était coupé en deux par une apostrophe et c’est tout.
Prenant à témoin les sombres crétins qui composaient ses deux classes de grands dadais, et dont aucun ne connaissait cette règle élémentaire mon cher Watson, il leur demanda s’ils n’avaient pas honte de se faire apprendre l’orthographe par un minaud de 9ème .
Le silence de sépulcre atteint une qualité inouïe.
Je fus remercié et renvoyé dans mes foyers.
Mais sont-ils bêtes, ces grands, tout de même ?
Mon Dieu, sont-ils bêtes !
08:27 Publié dans J'dis tout | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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